Très cher frère - Au début du Shojo étaient les 24...

Publié le par Plumy

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Très cher frère est un manga de Riyoko Ikeda, surtout connue pour être l'auteur de  Lady Oscar , ce manga qui suivait les traces de Princesses Saphir, ce manga de Tezuka destiné aux jeunes filles,  en proposant une héroine travestie, et qui à par la même lancée ce mouvement de passion envers la France pour toute une génération de jeunes japonaises.  

Elle fait également partie du groupe de l’an 24, ces jeunes mangaka qui ont lancées, à elle seule, le mouvement du shojo tel que nous le connaissons aujourd’hui : Dans les années 70, le manga était encore un domaine d’homme, et lorsqu’il s’est avéré que finalement, un public féminin existait bel et bien, les éditeurs ont quasiment donné carte libre à cette génération d’auteur, pour la plupart nées en l’an 24 de l’ère Showa (1949 pour notre calendrier) de dessiner ce qui leurs semblaient convenir. Elles l’ont fait, et le succès fut au rendez-vous. Le shojo fit ses armes officielles, et fit naitre également son petit frère, le shonen ai.

Depuis, le shojo s’est affiné, à grandit et mûrît, et ces manga déjà un peu vieux ont un petit goût d’antan, par leur pruderie, leur graphismes ou leurs codes graphiques. Mais leur efficacité est toujours présente, et la lecture se fait avec une intensité primitive.

Très cher frère à été publié en 1975, et les 3 volumes réunit en un seul pour l’édition française, à l'image d'une réédition compilée japonaise. Cela est certainement du à la difficulté qu’on les manga « old school » à se vendre en France, une fois sortit d’une tranche de lecteur curieux des origines. Et pourtant, ces mangas la ont tant à nous donner ! Aussi frais et direct que leurs concitoyens plus actuels, malgré le temps passé.

 

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Les thèmes abordées sont au final terriblement moderne malgré l’âge. Les étiquettes ne sont juste pas collées, mais dans très cher frère, vous pouvez trouver des pures travestit, des situation de yuri lourdement appuyée, et un personnage Tsundere des plus flippantes. Et pour tout dire, la construction de l’histoire m’a très fortement évoquée celle d’un dating game avec un choix à faire parmi les prétendants.

Mais parlons un peu de l’histoire de ce gros manga de 450 pages :

L’histoire raconte celle de Nanako, jeune fille de bonne famille qui intègre un lycée coté. Un personnage classique dans le sens ou c’est une gentille jeune fille pas spécialement jolie, intelligente ou riche, mais droite et honnête. Elle correspondra tout au long de l'histoire avec son "frère", un jeune homme qu'elle à rencontré aux cours du soir avant d'entrer au lycée. Ses lettres appuyerons le déroulement de l'histoire ainsi que ses ressentits de chaque situation.

Dans ce lycée évoluent plusieurs stars : (Son altesse) Kaoru (surnom) à l’allure de beau jeune homme qui a été absente l’année précédente pour de mystérieux soucis de santés. C’est une personne droite et honnête qui n’hésite pas à crier et intervenir dans les conflits, et tout le monde l’admire et la respecte. Saint just (surnom aussi) à l’allure de beau jeune homme mélancolique, qui se traîne ou elle le désire avec sa guitare. Elle semble avoir une étrange relation avec Fukiko, la présidente du cercle de la fraternité, ce cercle hyper select que toutes les jeunes filles de l’école souhaitent rejoindre. Mentionnons également Mariko, la tsundere qui fera absolument TOUT pour devenir l’amie exclusive de Mariko.

 

Car cela va sans dire, tous ces personnages vont évidemment évoluer autour de Mariko, que ce soit par attirance, par haine ou suite au hasard.

 

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Une des particularités les plus marquantes de très cher frère, c’est bien sur ces personnages androgyne que l’on peine à nommer comme étant des filles : Kaoru et St just se comportent et son courtisées et admirées comme des garçons . On sait qu’en réalité, ce sont des filles, mais on se baigne dans l’illusion de prince qu’elles offrent, pour finalement se dire que, pourquoi pas, une fille aimer une fille, après tout, quel mal y’a t’il à cela ? En lisant, on ne parvient pas à les considérer comme étant des filles. Elles sont fantasmes, masculines, idéal à atteindre, tout mais certainement pas une égale ou une proche.

Le comportement de Kaoru et St just m’évoque fortement celui des princesses dans le manga « princesse princesse », ou dans un lycée de garçons, une sélection de « princesses » se déguisent pour apporter une touche de féminité. Dans très cher frère, Kaori et st just tiennent ce rôle à merveille, étant des icônes vivantes sur lesquelles se projettent tous les fantasmes. Mais derrière le fantasme, que se cache t'il ?

 

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« Très cher frère » est merveilleusement romanesque. J’ai toujours adoré ces situations énormes de tension sans fin ou les émotions prennent les héros et héroines au corps et au cœur, et ces personnages toujours maladifs et prompts à avoir une douleur aigues dans la poitrine ou à s’évanouir dans la rue, en bref, ces situations théâtrales qu’un œil un peu critique à vite fait de démonter. Très vite, on cours, les larmes au yeux, s’effondrer quelque part au loin, on reste pathétiquement sous la pluie, et les sentiments amoureux fusent dans tous les sens mais jamais réciproques, toujours sources de douleur et d’angoisses.

J’ai vieilli, suis devenu plus critique et ait surtout acquise pas mal de notions en médecine qui ridiculisent totalement toutes ces maladies uniquement constituées d’aspects théâtrale et n’ont jamais de coté dégoûtant ou gênant, ou sont simplement incongrues, et je ne peux m’empêcher de me moquer de certains comportements qui ne sont pas du à la fatalité mais bien au comportement du personnage qui se met de lui même dans une position désagréable. La médecine et la logique ont détruit ces histoires romanesque que j’affectionne tant ! Mais rien ne m’empêche, si je le veux, d’oublier la logique et la réalité médicale et accepter, sans sourciller, ces histoires de personnes qui s’étreignent la poitrine tant l’émotion les envahit.

 

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A la lecture, le ton pourra paraître un peu excessif, et la narration à la limite de la parodie. Il ne faut pas oublier que c’était un des premiers titres du shojo. Les codes et les situations sont piliers des œuvres à venir. Ces mangakas ont été les premières à déstructurer ainsi les cases, à oser poser des personnages de plein pieds, insérer des fleurs en guise de décors, et induire cette lecture « globale » de la page ou le regard coule plus sur une situation que sur une action.

Ce n’est pas non plus une œuvre que l’on lit uniquement pour se cultiver sur un ancien manga, non : La lecture à son intérêt, pour peu que l’on accepte de se laisser prendre à ces situations et ces sentiments exacerbés. Le scénario est parfaitement rodé, sans temps mort, et l’histoire se suit avec plaisir, certaines questions restant très longtemps en suspens, et le charme des personnages agit. Le découpage de l’histoire échappe d’ailleurs aux règles établies, il n’y a pas de chapitrage est l’histoire est faite d’un tenant. 

 

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Très cher frère n’est peut-être pas des plus accessibles : Il faut avoir déjà une certaine maturité en terme de lecture pour parvenir à l’apprécier. Ou au contraire n’avoir jamais ouvert un shojo, ou alors être simplement curieux et ouvert. J’espère en tous cas avoir donné envie à au moins une personne de passer le pas et de poser la main sur cette œuvre, en espérant qu’elle ne le regretteras pas.

 

Note : L’édition française à voulu bien faire en insérant une page couleur de présentation des personnages. Ne la lisez pas, cela vous spoile une révélation qui arrive au milieu de l’histoire.

Publié dans manga

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FFenril 19/05/2011 18:20


J'aurais bien voulu lire cet article il y a 2 mois, ça m'aurait évité de la lire, cette page de présentation des personnages ;_;