[Livre] Le Chrysanthème et le sabre

Publié le par Plumy

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Grand classique avec un C majuscule de la littérature sur le japon, Le chrysanthème et le sabre se distingue non seulement par le fait qu’il soit devenu une figure de référence, mais également pour les conditions dans lesquelles il a été rédigé. En effet, l’auteur, anthropologue de son état, à réalisé cet essai suite à une commande du gouvernement américain, juste après la seconde guerre mondiale, et ce, sans mettre un pied au japon. Et malgré ce handicap de taille, son livre, bien que – comme toute chose ayant eut du succès – totalement controversé par certains, en partie parce que n'ayant été réalisé que par rapport à des soldats et mettant de coté des concepts très japonais comme l'amae -, a fini par se tailler une réputation de totale référence et justesse dans les lectures sur le peuple japonais.

 

Initialement aux officiers de l’armée américaine dans la guerre du Pacifique, son succès, dans les cercles restreints de l’armée, lui a valu d’être publié en 1946 et même en japonais « Kiku to Katana » dès 1949. Il a cependant du atteindre 1989 pour être édité en france. L'analyse, réalisé en miroir par rapport à la culture americaine, et parfaitement accessible à nous europeens, puisque nos cultures sont très proches... Et nous fait aussi réaliser que, par de nombreux aspects (le côté vieille nation et ancienne civilisation attachée aux nuances et aux subtilités) nous sommes sur certains points plus proches de japonais que nous l'imaginons de base. 

 

Ce livre est constitué de 13 chapitres :

Mission : Japon
Les Japonais dans la guerre
Chacun sa place
La reforme de Meiji
Debiteurs du passé et du monde
Rembourser un dix-millième
Le remboursement « le plus dur à supporter »
Laver son nom
Le cercle des émotions humains
Le dilemme de la vertu
Discipline de moi
L’éducation des enfants
Les Japonais depuis le jour de la capitulation

Les premiers chapitre n’étaient pas ceux qui m’intéressaient le plus. Trop généraux, trop « sur la guerre ». Même si les habitudes et les comportements soulignés étaient des plus intéressants, ce qui me fascine en premier lieu, ce sont les choses plus quotidiennes et plus profondes, les significations sous tendues derrière chaque action, cet espèce de « vocabulaire de la communication » qui fait que, lorsque l’on rencontre un étranger, n’ayant pas le même vocabulaire, on arrive pas à se comprendre en croyant pourtant parler de la même chose.

J’ai été servie dès le 5eme chapitre et l’introduction de la notion de « On » (恩 ) qui sous tend une grosse partie de la pensée japonaise et va certainement me faire voir certaines scènes d’animés et de manga différemment. Cette notion est d’ailleurs la première de toutes une suite de principes moraux qui, chacun leur tour, rajoutent une couche à la complexité de la pensée japonaise. Si le livre fait 350 pages, c’est bien parce qu’il fallait ça pour expliquer, même succinctement, la mentalité japonaise.

Le « On » (恩 ), c’est un peu un équilibre des forces. Lorsque quelqu’un nous rend un service, dans notre mentalité occidentale, c’est « gratuit », puis au bout de quelques temps, si la personne abuse, on attendra des faveurs de sa part également, mais cela reste quelque chose de très leger, à coté du « On » (恩 ) japonais. La moindre petite chose due, la moindre petite obligeance à autrui, est lourde et dur à porter.

Un petit extrait qui illustre bien cette mentalité :

Même l’offre d’une cigarette venant d’une personne avec qui l’on n’avait jusque la aucun lien provoque un sentiment d’incofort, et la façon la plue polie de remercier est de dire « Oh, ce sentiment empoissonné ! » – (Ki no doku). C’est plus facile à supporter, m’a dit un japonais, si vous dites carrément à quelqu’un la vérité et si vous reconnaissez à quel point cela vous met mal à l’aise. Vous n’avez jamais pensé faire quoi que ce soit pour lui, et alors, cela vous rend honteux de recevoir un on. C’est pourquoi ko no doku est traduit parfois par « merci » pour les cigarettes, parfois par : « je suis désolé » pour la dette, parfois encore par « je me sens coupable » parce que vous me devancez par cet acte de générosité ». Ki no doku veut dire tout cela et rien de cela.
Les Japonais ont beaucoup de façons de dire « merci » qui expriment ce même malaise ressentit en recevant le on. La moins ambivalente, l’expression qui a été adoptée dans les grands magasins des cités modernes, signifie « Ho, cette chose difficile ! » (Arigato). Les japonais disent en générale que cette « chose difficile » est la faveur insigne que le client accorde au magasin en achetant. C’est un compliment. On utilise aussi l’expression quand on reçoit un cadeau, ou en d’innombrables circonstances. D’autres mots tout aussi courant pour dire « merci »font référence comme « ki no toku » àla difficulté de recevoir. Les commerçant propriétaire de leur boutique disent le plus souvent littéralement « Oh ! Cela n’a pas de fin » (Sumimasen), soit : « J’ai reçu un on de vous et avec le système économique moderne, je ne pourrais jamais vous le rembourser. Je regrette d’être placé dans une telle position. »

(Et je m’arrête à regret la parce que je continuerais volontiers, d’autant plus que juste après une élegante citation de Botchan se trouve et… Mais un extrait, c’est pas recopier le livre v_v;; )

Une fois cette notion expliquée dans le livre, on en vient à ses variantes plus complexes : Les dettes illimitées sont classées dans les Gimu, et le Chu, aka la dette envers l’empereur, est illimitée. Il en va de même pour le Ko, devoir envers les parents, et le Nimmu, devoir envers le travail.
Vient ensuite la notion de Giri, « Le plus dur à supporter » qui ressemble un peu au « gimu ». Ce mot, très particulier, n’a pas d’équivalent dans nos langues, et une traduction approximative donne « La voie juste ; Le chemin que les êtres humains devraient suivre ; Quelque chose que l’on fait contre son grès pour ne pas devoir d’excuse au monde ». Je l’ai personnellement ressenti comme une forme « d’honneur » poussé à son paroxisme : Le Giri envers la belle famille dont on s’occupera quoi qu’il advienne, ou le Giri envers son propre nom que l’on va garder vierge de toute trace.

Toutes ces notions, je ne peux les simplifier outre mesure et si cela vous intrigue, un seul conseil, lisez ce livre. Et elles ne sont pas les seules évoquées et explicitées : Les notions de hierarchie, les coutumes quand aux hommes et aux femmes, les ressentits, les shemas sociaux etc... Ce livre, très complet, va à l'essentiel sans être assomant puisque chaque point est agréablement dévellopé.

Le livre se termine avec un intéressant chapitre sur l’éducation des enfants qui, la encore, montre bon nombre de différences entre eux et nous, et donne quelques pistes quand à la construction du ressentit de chaque jeune japonais, qui déterminera ce qu’il sera plus tard.

Malgré les changements s’étant opérés dans le japon d’après guerre, ce livre garde sa pertinence et permet d’appréhender certaines facettes de la mentalité des japonais. Et même si les choses ont évolués (Ne citons par exemple que la relation des parents et des infos qui a visiblement été bouleversé dans le dernier demi siècle), connaitre les bases reste toujours interessant. Un véritable « must have » pour tous ceux qui s’intéressent de manière anthropologique à la culture japonaise et qui donne des clés de compréhensions de base pour de nombreux aspects de cette mentalité si différente de la notre.

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Dijun 25/06/2011 05:07


Faudra que je me le trouve alors. =)

Le contexte dans lequel il a été dirigé est assez intéressant et c'est vrai que comme ça, sans avoir lu le livre, je me dis: "Vraiment? c'est possible d'écrire un bon livre sur le Japon sans y être
allé?"

Je le met dans ma liste de livre à acheter dans tous les cas! =)